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[Charlotte - North Carolina 10:37 PM]
Je ne sais pas ce que je fiche ici. Un coup de tête, un fichu coup de tête. J'ai le moral dans les chaussettes. J'ai plus de batteries. J'ai envie de me plaindre encore pendant longtemps, mais sans auditoires, rien ne vaut le silence. Je suis seule dans une chambre d'hôtel pas chère que je viens de louer pour la nuit. Ca m'a tout l'air d'être propre ici, qu'importe j'ai juste envie de dormir, sans penser à rien. Que ça soit dans ce motel sordide, ou autre part. Juste que mes paupières se ferment sans problèmes, ne me rappelant pas que je viens de partir de la maison. De partir en claquant la porte, je précise. Ma mère est une folle, je la déteste. Elle et tous les enfants de son nouveau mari. Des marmots que je dois surveiller sans cesse, après mes cours. Et pour quoi hein ? Pour qu'elle ait le plaisir et l'honneur de se faire défoncer par ce vieux porc qui est mon beau père.
Génial. Ca me rend amère rien qu'en y pensant. Énervée ou dégoutée ? Un peu des deux. Et dire que ce connard a essayé de me toucher, rien qu'un peu et j'lui en faisais ravaler ce que vous savez ! Ma mère n'a jamais voulu croire un traître mot à ce sujet, pensant que comme toutes les petites gamines je ne voulais pas qu'il remplace mon feu père. Mon père, que mon pauvre paumé de beau papa chéri n'égale pas une seconde. Personne n'arrivera jamais à la cheville de mon père. Mon modèle, mon héros. Chaque jours, il m'arrive un instant de penser à comment serait ma vie aujourd'hui, s'il était encore là. Je me vois beaucoup moins renfermée sur moi-même, je suis toujours aussi souriante, drôle et généreuse. Cette fille qui est encore au fond de moi ne s'exprime plus depuis que ma mère s'est trouvée un nouveau god sur pieds. Ca explique en partie ma décision de partir ce soir. Je ne le supporte plus, avec ses sourires provocateurs, son regard sombre et vicieux...Sa façon d'être est si dérangeante. Je suis certaine que si j'avais dit à ma mère de faire un choix entre lui et moi, la réponse ne se serait pas fait attendre. Cela l'aurait faite rire avant qu'elle me dise que je ferai mieux d'aller me coucher, que demain ça irait mieux. Comme tous les soirs je monterai dans ma chambre, je fermerai ma porte à clef, de peur qu'il s'introduise dans mon entre, et je regarderai mon mur blanc délavé, comptant les pseudos montons qui sont sensés être là. Puis, je ne m'endormirai pas, ne trouvant pas le sommeil sur ces murs. Sur mes murs. Je ne trouverai le sommeil que vers les deux heures du mat', entre temps j'aurais un peu traînée sur l'ordinateur, et je serai allée aux toilettes deux fois. Chaque jour est le même. Un rituel de choses insensées, sans ni queue, ni tête. Manger, dormir, aller en cours, et optionnellement sortir avec les copines, quand on en trouve des sincères. Ce qui n'est pas mon cas. Je ne vais pas vers les autres. Quand les autres viennent vers moi, je ne prodigue aucun effort pour qu'ils m'apprécient pour ce que je ne suis pas. Ma franchise les blessent, les éloignent. Mon but est atteint, finalement, je me sens fautive, puis ça me passe quelques secondes plus tard. Pouf ! Et la vie reprend son cours. Je n'aspire pas la confiance, pourtant c'est une des qualités qui font de moi quelqu'un de rare : je sais garder un secret. N'importe lequel. Je m'en fiche. On me demande de le garder pour mon égo et moi, alors je le ferai. Bref.
Je devrai peut-être me coucher, demain, je retournerai chez moi, en espérant que ma mère ait remarqué ma non-présence au dîner. Ca ne m'étonnerait pas qu'elle croit que je suis partie faire une virée en boîte avec mes amies d'il y a jamais ! Mais bon, quoiqu'il en soit, sortir de cette maison ne peut que m'être bénéfique. Je ferai mieux de m'endormir, j'ai une lourde matinée demain. Quoique. Je vais repartir chez moi dans l'après-midi plutôt. Histoire qu'elle s'inquiète bien en ne me trouvant pas dans mon lit ce matin. J'agrippe alors un des oreillers se trouvant là, me faufile dans le lit froid, me colle contre le matelas, me positionne légèrement sur le côté, puis éteint d'un coup sec la vieille lampe de chevet.
Au fait, moi c'est Peyton Sawyer.